Après Blaise Compaoré, voici que Paul Biya, aux commandes du Cameroun depuis un quart de siècle avec l’aval de Paris, a les honneurs d’un quotidien gratuit du groupe Bolloré. Matin Plus, détenu à 70% par le magnat des transports en Afrique, a fait dans la sobriété : "Paul Biya le président du Cameroun reçu à l’Elysée". Pas besoin d’en faire plus, tout est dans le titre... Le Roi Sommeil vient s’assurer du soutien de la Présidence française, dans la plus grande tradition de la Françafrique. De mauvais esprits ont flairé, dans les liens économiques fort étroits qu’entretient le groupe Bolloré avec le Cameroun, un cas d’école :
Une autre journaliste, Myriam Lévy, venue du service politique du Figaro, ira plancher à Matignon sous la houlette de François Fillon. Elle avait suivi la campagne de Ségolène Royal.
Le directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, ira lui poser ses pieds à la direction de TF1 (Bouygues). Tout lien avec l’amitié fraternelle entre Nicolas S. et Martin B. ne serait que fortuit…
Georges-Marc Benamou, valet de la mitterrandie, ancien directeur de Globe Hebdo, pose ses valises à l’Elysée pour devenir conseiller à la présidence de la république. Globe Hebdo fût un temps sous perfusion financière d’Elf.
Catherine Pégard, rédac-chef du service politique et éditorialiste au Point, rejoint également la cohorte des nouveaux consultants de l’Elysée sous la houlette du pasquaïen Claude Guéant.
Les exemples de coups de pression de Sarkozy sur les médias pullulent en période électorale. Après avoir menacé de virer la direction de la rédaction politique de France 3 pour avoir dû poireauter quelques minutes avant de se faire maquiller [1], le dernier exemple en date concerne l’hebdomadaire national-républicain Marianne. A en croire son rédacteur en chef Jean-François Kahn, Sarkozy aurait tenté de faire pression sur l’un des bailleurs de fonds, après la couv’ « Sarkozy est-il fou ? ». Un comportement à la hauteur de la réputation du successeur de Pasqua dans les Hauts-de-Seine, qui semble se mettre en rage à la moindre égratignure.
Mais le plus original n’est pas là : on apprend dans l’interview que Marianne, qui se targue d’une indépendance financière, est soutenu par un ami de Sarko, via un prêt qu’on contracté ses deux dirigeants. L’ami en question serait-il aussi chiraquien ? Cela expliquerait en partie le matraquage du quotidien sur l’hagiographie de Jacques Chirac par Pierre Péan, sortie le jour même du dernier Sommet France-Afrique en 2007. Le camouflage du néocolonialisme français, point commun avec une autre diffusion en avant-première, celle de l’ouvrage auréolé de négationnisme qu’est « Noires fureurs, Blancs menteurs », toujours du même Pierre Péan… Une opération de blanchiment du rôle de l’Etat français au Rwanda.
Extraits de l’entretien avec Jean-François Kahn « Il a un style assez hard. » Charlie hebdo, 18 avril 2007
Est-il vrai qu’il [Sarkozy] a fait pression sur l’un de vos soutiens financiers, qui se trouve être l’un de ses très proches amis ?
Lorsque nous avons monté le journal, pour éviter le risque d’une OPA, Maurice Szafran et moi avons emprunté de l’argent à titre individuel pour être sûr de détenir 40%. Sarkozy a obtenu le nom de l’un des bailleurs de fonds à qui nous remboursons l’emprunt chaque mois avec des intérêts. Et il lui a dit : « Au nom de notre amitié, je te demande d’exiger d’eux qu’ils remboursent tout de suite. » On parle de plusieurs millions ! Il croyait torpiller le journal, mais on se serait peut-être même retrouvés en prison… Heureusement, notre « actionnaire » n’a pas cédé.
Le milliardaire libanais Iskandar Safa est sous le coup d’un mandat d’arrêt concernant des versements inexpliqués à au bras droit de Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, dans l’affaire de la libération des otages français du Liban. Une prise d’otages liée à la politique française de dissémination du nucléaire et ses revirements, comme l’a démontré Dominique Lorentz dans son ouvrage « Secret atomique. La bombe iranienne ou la véritable histoire des otages français au Liban », publié aux Arènes en 2002.
Coïncidence troublante, l’ami des réseaux Pasqua, recherché par la justice, a bénéficié à la même époque d’un article de Jean-François Jacquier assez louangeur dans Le Point : « Un PDG interdit de séjour » (24-11-2005).
Pour les besoins de l’article, l’auteur du fameux article s’était rendu, tous frais payés par Iskander Safa, avec le journaliste et businessman Marc Francelet, informateur du Point, ce dernier ayant touché selon les enquêteurs de la justice 150 000 euros de la part du même généreux bienfaiteur.
Le directeur de l’hebdomadaire, Franz-Olivier Giesbert, a déclaré à Reuters admettre le rôle d’intermédiaire de Marc Francelet mais nie avoir eu connaissance d’un quelconque paiement par Iskandar Safa. Selon une dépêche de l’agence Reuters en date du 11 avril 2007, la société des rédacteurs du Point a fait état de sa consternation dans une note interne et demande « qu’à l’avenir, ce genre d’informateur, n’ait pas, comme c’était le cas, porte ouverte au Point ».
Marc Francelet a été mis en examen pour corruption. Franz-Olivier Giesbert et Jean-François Jacquier ont été entendus comme témoins.
Smithologie est un site consacré au traitement de l’information sur les thèmes du néocolonialisme, du racisme, de la politique du gouvernement français en Afrique et ailleurs. Il tire son nom du célèbre journaliste "africaniste" Stephen Smith, auteur du controversé - ou acclamé - "Négrologie".